Jeudi 19 novembre 2009
Attention, la cohérence et les transitions de ce post sont dignes d'un épisode récent des Simpsons
Hé bien chers amis, quelle folle soirée on vient de vivre. De votre coté, vous avez peut être, je sais pas, dîné au restaurant avec votre moitié, êtes allés voir Cinéman ou le dernier Jeunet (...j'ai du mal à savoir lequel j'ai le moins aimé) à moins que vous n'ayez bossé, comme tout les gens ayant un tant soit peu les pieds sur terre. Moi j'étais fidèle au poste sur TF1, la chaîne du bonheur, qui en l'espace d'une demi heure fantastiquement douloureuse a du craindre pour sa vie. Pas de coupe du monde, c'est une diffusion moins intéressante pour les annonceurs, donc pour la chaîne, et c'est synonyme d'épisode des Experts pendant quinze jours non-stop en ratant des matchs qui peuvent être fascinants. Il n'empêche que c'est fait, on est qualifiés, les chances d'aller loin en cas de poule de départ un minimum difficile sont très minces mais on va y avoir droit à notre petite frénésie sportive. Ouais, quand je lis ici et là "ouin ouin on va devoir supporter la coupe du monde" je suis un poil blasé car oui bon... on va se taper quelques beaufs et des klaxons dans le cas peu probable où on gagne des matchs mais les mecs, c'est dommage de ne pas s'investir émotionnellement dans une compétition mondiale. Quand on voit le sérieux avec lequel certains internautes otaques s'investissent pour faire gagner telle ou telle tenue de personnage d'anime, je vois pas comment on peut cracher sur une compétition plus que passionnante qui non seulement nous permettras de nous sentir impliqués et de faire notre petit bout de chemin en tant qu'équipe (en plus jamais le moral des français n'est aussi haut que pendant ce type de configuration gagnante - ça permet entre autre de relativiser ses emmerdes) mais la monopolisation des médias pendant ces deux semaines va nous éviter les ineffables conneries pseudo informatives (départs en vacances, sujets sur le bac et le brevet, l'affaire du petit Théo cancereux et tout ces faits divers qui éclipsent les véritables informations) pour une véritable actualité internationale. Je ne comprends vraiment, vraiment pas ceux qui chouinent pour le coup.
Bon je passe mon tour sur le fait qu'on a complètement volé ce match, que les Irlandais étaient nettement plus méritants, tout ça. C'est vrai. Mais suivre cette configuration sur son pc, en mattant les réactions nationales des internautes avec HFR (voires mondiales avec Twitter) et entendre un flamage général sur RMC après, ça n'as pas de prix. Avec une bande de potes, c'est encore mieux. Je suppose.
Enfin voilà, c'était l'outing du jour. Les compétitions plus "mineures" ou nationales de Foot, je m'en cogne un peu mais pour le mondial je suis prêt à chanter l'hymne national tout les matins, si ça peut nous donner un groupe pourri.
Bien sûr tout ça nous rappelle 2006 et la sortie de ce fantastique titre de Jacno :
"Le sport nuit gravement à votre entourage-ageuh, le sport nuit gravement aux spermatozoïdes-ideuh, le sport provoque des maladies mentales-aleuh, le sport c'est d'la merde."
Un titre glacé et sophistiqué qui avait fait l'objet d'un des mes tout premiers posts, vous pouvez voir le très minimaliste et rigolo clip à cette adresse. Seulement voilà, Jacno est décédé y'a deux bonnes semaines, et je l'apprends brut de pomme en ouvrant les Inrocks, comme ça, sans prévenir. J'aurais pu l'entendre sur TF1 mais peut être que le bonhomme n'était pas "assez hype" pour supplanter les marroniers qu'on nous sert enrobé de sucre (qui. se. fout. d'une. polémique sur le droit à la fessée.)
En revanche, quand, Lundi Matin je me réveille comateux et j'entends un truc du genre "il avait tourné dès 13 ans dans "Louis Enfant Roi"" je me dis "Ho cool, on va parler de Jocelyn Quivrin, je l'avais tellement surkiffé dans 99 Francs et il a une putain de belle gueule faut avouer, en plus je lui ai marché sur le pied à Rock En Seine devant Offsprings haha prestige" et j'entends
"perdu le contrôle blah blah kaputt". Aïe. Effectivement, non loin de là, ce que je suppose être devant la boutique Harley Davidson, il s'est pris un poteau dans la face, comme deux ou trois personnes exactement au même endroit avant. Gros pincement au coeur quand même parce qu'il avait tout devant lui, il a pas encore tourné de film à sa gloire (même si la bobine de Jan Kounen l'a définitivement révélé) et son meilleur rôle restera probablement Lycidas dans Les Amours d'Astrée et Céladon et c'est tout. C'est un peu dommage, je sais pas qui, le temps d'une petite envolée lyrique a sorti que c'était "le Heath Ledger français" ce qui est un poil surabusif mais sur ce coup, la vie n'est pas très juste. Comme pour tout le monde, mais là bof.
Ce screen est donc un Big Lipped Funny Alligator Aneuyrism Moment! Si vous ne pigez pas cette expression, vous ne lisez pas assez TV Tropes! Honte!
Ce qui est d'autant plus dommage car la dernière fois que je l'ai vu sur un grand écran, c'était pour LOL, et là j'arrive enfin à la thématique de base que j'avais en tête pour ce post. Souvenez-vous, LOL, le premier film générationnel de fiction, où tout le monde est beau, riche, campe des baignoires cinq places et fait des surboums après avoir pleuré de façon nostalgique avec Somewhere Only We Know de Keane (original) devant le métro parce que ouais, c'est trop pas juste, la vie elle est pas cool, ma copine pouffe elle a piqué mon petit copain fumeur à la moumoute protubérante, c'est trop nul quoi, je vais le noter dans mon journal intime avant de dépenser 5K en fringues quoi. BREF. C'est avec cette grosse bouse plus kafkaïenne que prévu que l'éternelle question du "comment on représente la jeunesse" (adolescent étant un terme relativement récent... notez l'allitération) s'est posée. Bon, là c'était plus un grand coup marketing pour Sophie Marceau qu'un réel questionnement intrinsèque parce que le but visé, pour un film sensé représenter les ados, c'est d'en être un et de reconnaître quelque chose. A ce stade soit je suis à coté de la plaque soit c'est une vision complètement fausse et suintante de pognon mais je ne vais pas y revenir, je vous l'épargne.
Nan en fait cette question m'est venue avec deux autres éléments. D'une part, la sortie des Beaux gosses en Dévéday. Sortie pas franchement discrète, grand coups de pub et multiplicité un peu suspecte des éditions collector méga plus plus deluxe à l'appui mais comme "anti-LOL" c'était pas mal. Non pas que la qualité du film en lui même était excellente, faut pas charrier mais la figure du djeun's était aux antipodes. Là on est plus dans les tréfonds de la banlieue, la classe est un petit melting polt, les deux héros sont un peu cons, mal habillés, boutonneux, pour l'instant ça fait juste l'opposé gratuit de l'autre film très huppé, là, mais les Beaux Gosses c'était autrement plus drôle, et volontairement de surcroît, c'est déjà pas mal comme progrès. Là on a une situation où le héros qui n'a pas grand chose pour lui se voit, pour une raison cosmique et inconnue, tomber sous le regard langoureux d'une belle petite poupée (j'aime écrire comme un mec de 70 ans c'est presque gratifiant) et, contre toute attente, ils se roulent joyeusement des pelles entre deux scènes sympa de tranche de vie. Par exemple, y'a une décor identique aux deux films : un cours de sport. Dans "LOL", on rit devant le ridicule de la scène "beuh j'te fais la gueule t'es plus ma copine" et devant les Beaux Gosses, on rit parce que la scène est drôle (le mec un peu limité mentalement qui fait sa galipette de façon un peu aléatoire) le prof de Physique se jette du cinquième étage et la scène est quand même drôle (je vous raconte pas le contexte hin hin) bref un film bien plus dynamique, bien plus drôle et sympa à regarder mais de là à dire que je me suis identifié aux persos, bah non toujours pas. C'était un peu plus bas dans "l'échelle sociale des lycées" vu que j'ai eu la chance de faire une scolarité pré-bac dans des bahuts privés cathos. Résumons nous : je pourrais me reconnaître dans un film se passant dans un établissement "UMP". LOL est "Phillipe de Villiers" et Les Beaux Gosses sont "PS". Bon, prenez pas trop au sérieux cette phrase qui allonge les raccourcis outranciers mais c'est un peu la jeunesse telle que le voit ces différentes crémeries... Après y'a la version carrément anarchiste avec "Entre les Murs" de Laurent Cantet, on retourne dans le lycée parisien mais exit le 17è arrondissement, bonjour Fallujah... la classe ne "se sent pas française", c'est un beau bordel, personne ne sait ce qu'il fout là et le prof principal en premier, interprété par un François Bégaudeau au top. Ce film brille par un fantastique dynamisme, une grosse énergie qui émane de ces scènes quotidiennes de tentatives de cours de français. Certains élèves apportent quelques petites intrigues supplémentaires mais la visée du film c'est surtout d'apporter une vision, complètement inconnue, d'une jeunesse à la ramasse et qui n'a pas les ressources ni les motivations spontanées pour s'en sortir. Je vais pas parler d'identification, ce serait complètement hors sujet mais niveau prise de conscience "ho! il existe une réalité parallèle et des gens sont assez motivés pour la traiter avec intelligence! Fou!" C'est pas mal non plus.
Le vrai problème de ce type de fiction (ou semi-fiction voulant avec plus ou moins de réussite coller à la réalité) c'est que la représentation adolescente est faite par des gens qui ne le sont plus depuis longtemps (d'ailleurs, les très progressistes ados du baby boom sont maintenant les acteurs d'une société un poil liberticide... quel pessimisme!) ce qui fausse un peu le truc. C'est là qu'interviennent les tout puissants anglais, avec leur sens habituel du trash en finesse. Vous voyez probablement où je veux en venir...
Skins est une série britannique, diffusée en 2007 sur E4 et toujours en production, dont le postulat de base est une série "pour les ados et faites par les ados", la phrase typique hein. Il n'empêche qu'effectivement, à coté de Jamie Brittain qui a produit les premiers épisodes, pas mal d'ados acteurs ont contribué à l'écriture des scénarios. Le produit fini est un peu... perturbant. Dès les premières campagnes promo de la diffusion sur Canal, les photos promotionnelles me laissaient un peu sceptique : des ados à poil en train de faire la fête dans l'alcool et le vomi... représentatif de la jeunesse locale, à Bristol? Peut être, mais en ce qui me concerne c'était une énième plongée dans l'inconnu. En fait, ce show a divisé deux grandes écoles...
- "Wow, c'est trop représentatif, voilà de vraies situations, de vrais problèmes, de vrais personnages, c'est cool, MOAR."
- "Putain, quand je mate Skins je déprime, ma vie est tellement morne et vide à coté, je suis à coté de la plaque, je pars me pendre avec mon Mi Grave"
... et quand j'ai maté un épisode pour la première fois, je me suis vraiment, mais vraiment senti placardé dans cette deuxième catégorie. Le pilote paraît tellement excessif... l'intrigue du mec qui envoie chercher de la drogue à son meilleur pote, la quête du dépucelage, les teufs alcoolisées et gigantesques, la bagnole qui finit dans le canal à la fin, et surtout les gamines de 8 ans qui se prennent déjà pour des pétasses, ça faisait beaucoup. Excessif ET pas d'identification, j'ai pas nettement apprécié. En plus tout ça était franchement paradoxal : une série aussi couillue qui abordait comme ça, cash, des thèmes qu'on ose à peine figurer ici comme les familles monoparentales, la drôôôgue, l'autisme, l'homosexualité, l'avortement et la mort de l'ado (hé oui) le potentiel était là. Le 1x05, "Sid" m'a définitivement achevé dans la déprime, trop de similitudes tue la motivation, je me reconnaissais plus dans les petites facettes d'un perso que dans l'intégralité du casting.
Si on prends les persos à part, on a Tony, fieffé connard et manipulateur mais charismatique héros principal, son meilleure pote Sid, un peu "Butters" qu'on hésite pas à envoyer au casse-pipe, Michelle, l'hypoténuse amoureuse entre les deux persos précédents, Cassie la foldingue anorexique, Maxxie le jeune gay danseur, Chris le fêtard neuneu et Anwar, le musulman qui a du mal à concilier religion et "vie de jeune des temps moderne". Sur le papier, ça fait pas mal de poncifs et effectivement, ils sont appuyés. D'une manière un chouilla fatiguante. Ces ados là fument, baisent, font la fête, ne se soucient de rien, cotoient plein de monde et sortent en boîte, bref je débarquerais dans ce show je serais un alien total et c'est énervant quand on mate une série que tout le monde juge criante de vérité. J'avais lâché l'affaire pour cette fois.
Deux ans plus tard, je mate un épisode de la saison deux sur Canal. Focalisé sur le même perso, Sid. (Ouaip, un peu à la manière Lostienne chaque épisode suit le parcours d'un perso en particulier, sans pour autant oublier d'enrichir la cohérence d'ensemble du scénario) et... c'est comme si je matais un show différent. J'ai vu un épisode incroyablement sombre (cette série est très très méchante avec ses personnages) et construit, basé avec intelligence sur les ressorts de l'amitié, de la filiation, de l'amour compliqué, bref un tas de trucs subtils - le tout enrobé par une BO de qualité (scène de pêtage de cable cathartique devant les Cristal Castles en concert, pas mal)
---- Pause BO. Pour des raisons qui m'échappent, probablement des problèmes de droits musicaux, les mêmes qui nous empêchent depuis dix ans d'avoir des DVD de Malcolm, certains morceaux ne sont pas les mêmes en VF/Version DVD. Ben vous savez quoi, je préfère largement la notre. C'est fou, comme le chocolat Lanvin) ----
Je disais, une BO qui tue, des finesses de scénario, des personnages sombres, des situations qui ressemblent à quelque chose et une ambiance nettement moins superficielle. Je ne sais pas si ce clivage est du au ... changement de saison mais en remattant la première donc, j'ai outrepassé au maximum ce qui avait pu me fatiguer pour me concentrer sur les bons cotés du show, qui mûrit avec le temps, en tout cas cette seconde lecture a été totalement différente et pleine de subtilité, on retrouve bien les marques de l'ado strigmatisé de Virgin Suicides ou Elephant - version anglaise, version débauchée, version introspective. Et ça change formidablement bien des trucs amusants mais lourdingues à la Supergrave et autres teens-movies, même si je peux toujours pas saquer cet aspect "On est des jeunes anglais! On fait la fête et on se vomit à la gueule youhou!" je pige pas.
A partir de la troisième mouture, le casting change radicalement, on a qu'un personnage secondaire en commun comme repère c'est assez perturbant, il faudrait que je mate tout ça.
... mais au final, toujours pas d'identification. C'est inextricable. Je vais collecter des fonds et on va tourner notre propre série criante de vérité. J'ai dit!
Je pourrais teaser un peu et lancer que niveau "image de la jeunesse dans une salle de classe" les japonais nous ont pondu un anime formidable mais ce sera pour une prochaine fois... et en deux parties.
Hé bien chers amis, quelle folle soirée on vient de vivre. De votre coté, vous avez peut être, je sais pas, dîné au restaurant avec votre moitié, êtes allés voir Cinéman ou le dernier Jeunet (...j'ai du mal à savoir lequel j'ai le moins aimé) à moins que vous n'ayez bossé, comme tout les gens ayant un tant soit peu les pieds sur terre. Moi j'étais fidèle au poste sur TF1, la chaîne du bonheur, qui en l'espace d'une demi heure fantastiquement douloureuse a du craindre pour sa vie. Pas de coupe du monde, c'est une diffusion moins intéressante pour les annonceurs, donc pour la chaîne, et c'est synonyme d'épisode des Experts pendant quinze jours non-stop en ratant des matchs qui peuvent être fascinants. Il n'empêche que c'est fait, on est qualifiés, les chances d'aller loin en cas de poule de départ un minimum difficile sont très minces mais on va y avoir droit à notre petite frénésie sportive. Ouais, quand je lis ici et là "ouin ouin on va devoir supporter la coupe du monde" je suis un poil blasé car oui bon... on va se taper quelques beaufs et des klaxons dans le cas peu probable où on gagne des matchs mais les mecs, c'est dommage de ne pas s'investir émotionnellement dans une compétition mondiale. Quand on voit le sérieux avec lequel certains internautes otaques s'investissent pour faire gagner telle ou telle tenue de personnage d'anime, je vois pas comment on peut cracher sur une compétition plus que passionnante qui non seulement nous permettras de nous sentir impliqués et de faire notre petit bout de chemin en tant qu'équipe (en plus jamais le moral des français n'est aussi haut que pendant ce type de configuration gagnante - ça permet entre autre de relativiser ses emmerdes) mais la monopolisation des médias pendant ces deux semaines va nous éviter les ineffables conneries pseudo informatives (départs en vacances, sujets sur le bac et le brevet, l'affaire du petit Théo cancereux et tout ces faits divers qui éclipsent les véritables informations) pour une véritable actualité internationale. Je ne comprends vraiment, vraiment pas ceux qui chouinent pour le coup.
Bon je passe mon tour sur le fait qu'on a complètement volé ce match, que les Irlandais étaient nettement plus méritants, tout ça. C'est vrai. Mais suivre cette configuration sur son pc, en mattant les réactions nationales des internautes avec HFR (voires mondiales avec Twitter) et entendre un flamage général sur RMC après, ça n'as pas de prix. Avec une bande de potes, c'est encore mieux. Je suppose.
Enfin voilà, c'était l'outing du jour. Les compétitions plus "mineures" ou nationales de Foot, je m'en cogne un peu mais pour le mondial je suis prêt à chanter l'hymne national tout les matins, si ça peut nous donner un groupe pourri.
Bien sûr tout ça nous rappelle 2006 et la sortie de ce fantastique titre de Jacno :
"Le sport nuit gravement à votre entourage-ageuh, le sport nuit gravement aux spermatozoïdes-ideuh, le sport provoque des maladies mentales-aleuh, le sport c'est d'la merde."
Un titre glacé et sophistiqué qui avait fait l'objet d'un des mes tout premiers posts, vous pouvez voir le très minimaliste et rigolo clip à cette adresse. Seulement voilà, Jacno est décédé y'a deux bonnes semaines, et je l'apprends brut de pomme en ouvrant les Inrocks, comme ça, sans prévenir. J'aurais pu l'entendre sur TF1 mais peut être que le bonhomme n'était pas "assez hype" pour supplanter les marroniers qu'on nous sert enrobé de sucre (qui. se. fout. d'une. polémique sur le droit à la fessée.)
En revanche, quand, Lundi Matin je me réveille comateux et j'entends un truc du genre "il avait tourné dès 13 ans dans "Louis Enfant Roi"" je me dis "Ho cool, on va parler de Jocelyn Quivrin, je l'avais tellement surkiffé dans 99 Francs et il a une putain de belle gueule faut avouer, en plus je lui ai marché sur le pied à Rock En Seine devant Offsprings haha prestige" et j'entends
"perdu le contrôle blah blah kaputt". Aïe. Effectivement, non loin de là, ce que je suppose être devant la boutique Harley Davidson, il s'est pris un poteau dans la face, comme deux ou trois personnes exactement au même endroit avant. Gros pincement au coeur quand même parce qu'il avait tout devant lui, il a pas encore tourné de film à sa gloire (même si la bobine de Jan Kounen l'a définitivement révélé) et son meilleur rôle restera probablement Lycidas dans Les Amours d'Astrée et Céladon et c'est tout. C'est un peu dommage, je sais pas qui, le temps d'une petite envolée lyrique a sorti que c'était "le Heath Ledger français" ce qui est un poil surabusif mais sur ce coup, la vie n'est pas très juste. Comme pour tout le monde, mais là bof.
Ce screen est donc un Big Lipped Funny Alligator Aneuyrism Moment! Si vous ne pigez pas cette expression, vous ne lisez pas assez TV Tropes! Honte!
Ce qui est d'autant plus dommage car la dernière fois que je l'ai vu sur un grand écran, c'était pour LOL, et là j'arrive enfin à la thématique de base que j'avais en tête pour ce post. Souvenez-vous, LOL, le premier film générationnel de fiction, où tout le monde est beau, riche, campe des baignoires cinq places et fait des surboums après avoir pleuré de façon nostalgique avec Somewhere Only We Know de Keane (original) devant le métro parce que ouais, c'est trop pas juste, la vie elle est pas cool, ma copine pouffe elle a piqué mon petit copain fumeur à la moumoute protubérante, c'est trop nul quoi, je vais le noter dans mon journal intime avant de dépenser 5K en fringues quoi. BREF. C'est avec cette grosse bouse plus kafkaïenne que prévu que l'éternelle question du "comment on représente la jeunesse" (adolescent étant un terme relativement récent... notez l'allitération) s'est posée. Bon, là c'était plus un grand coup marketing pour Sophie Marceau qu'un réel questionnement intrinsèque parce que le but visé, pour un film sensé représenter les ados, c'est d'en être un et de reconnaître quelque chose. A ce stade soit je suis à coté de la plaque soit c'est une vision complètement fausse et suintante de pognon mais je ne vais pas y revenir, je vous l'épargne.
Nan en fait cette question m'est venue avec deux autres éléments. D'une part, la sortie des Beaux gosses en Dévéday. Sortie pas franchement discrète, grand coups de pub et multiplicité un peu suspecte des éditions collector méga plus plus deluxe à l'appui mais comme "anti-LOL" c'était pas mal. Non pas que la qualité du film en lui même était excellente, faut pas charrier mais la figure du djeun's était aux antipodes. Là on est plus dans les tréfonds de la banlieue, la classe est un petit melting polt, les deux héros sont un peu cons, mal habillés, boutonneux, pour l'instant ça fait juste l'opposé gratuit de l'autre film très huppé, là, mais les Beaux Gosses c'était autrement plus drôle, et volontairement de surcroît, c'est déjà pas mal comme progrès. Là on a une situation où le héros qui n'a pas grand chose pour lui se voit, pour une raison cosmique et inconnue, tomber sous le regard langoureux d'une belle petite poupée (j'aime écrire comme un mec de 70 ans c'est presque gratifiant) et, contre toute attente, ils se roulent joyeusement des pelles entre deux scènes sympa de tranche de vie. Par exemple, y'a une décor identique aux deux films : un cours de sport. Dans "LOL", on rit devant le ridicule de la scène "beuh j'te fais la gueule t'es plus ma copine" et devant les Beaux Gosses, on rit parce que la scène est drôle (le mec un peu limité mentalement qui fait sa galipette de façon un peu aléatoire) le prof de Physique se jette du cinquième étage et la scène est quand même drôle (je vous raconte pas le contexte hin hin) bref un film bien plus dynamique, bien plus drôle et sympa à regarder mais de là à dire que je me suis identifié aux persos, bah non toujours pas. C'était un peu plus bas dans "l'échelle sociale des lycées" vu que j'ai eu la chance de faire une scolarité pré-bac dans des bahuts privés cathos. Résumons nous : je pourrais me reconnaître dans un film se passant dans un établissement "UMP". LOL est "Phillipe de Villiers" et Les Beaux Gosses sont "PS". Bon, prenez pas trop au sérieux cette phrase qui allonge les raccourcis outranciers mais c'est un peu la jeunesse telle que le voit ces différentes crémeries... Après y'a la version carrément anarchiste avec "Entre les Murs" de Laurent Cantet, on retourne dans le lycée parisien mais exit le 17è arrondissement, bonjour Fallujah... la classe ne "se sent pas française", c'est un beau bordel, personne ne sait ce qu'il fout là et le prof principal en premier, interprété par un François Bégaudeau au top. Ce film brille par un fantastique dynamisme, une grosse énergie qui émane de ces scènes quotidiennes de tentatives de cours de français. Certains élèves apportent quelques petites intrigues supplémentaires mais la visée du film c'est surtout d'apporter une vision, complètement inconnue, d'une jeunesse à la ramasse et qui n'a pas les ressources ni les motivations spontanées pour s'en sortir. Je vais pas parler d'identification, ce serait complètement hors sujet mais niveau prise de conscience "ho! il existe une réalité parallèle et des gens sont assez motivés pour la traiter avec intelligence! Fou!" C'est pas mal non plus.
Le vrai problème de ce type de fiction (ou semi-fiction voulant avec plus ou moins de réussite coller à la réalité) c'est que la représentation adolescente est faite par des gens qui ne le sont plus depuis longtemps (d'ailleurs, les très progressistes ados du baby boom sont maintenant les acteurs d'une société un poil liberticide... quel pessimisme!) ce qui fausse un peu le truc. C'est là qu'interviennent les tout puissants anglais, avec leur sens habituel du trash en finesse. Vous voyez probablement où je veux en venir...
Skins est une série britannique, diffusée en 2007 sur E4 et toujours en production, dont le postulat de base est une série "pour les ados et faites par les ados", la phrase typique hein. Il n'empêche qu'effectivement, à coté de Jamie Brittain qui a produit les premiers épisodes, pas mal d'ados acteurs ont contribué à l'écriture des scénarios. Le produit fini est un peu... perturbant. Dès les premières campagnes promo de la diffusion sur Canal, les photos promotionnelles me laissaient un peu sceptique : des ados à poil en train de faire la fête dans l'alcool et le vomi... représentatif de la jeunesse locale, à Bristol? Peut être, mais en ce qui me concerne c'était une énième plongée dans l'inconnu. En fait, ce show a divisé deux grandes écoles...
- "Wow, c'est trop représentatif, voilà de vraies situations, de vrais problèmes, de vrais personnages, c'est cool, MOAR."
- "Putain, quand je mate Skins je déprime, ma vie est tellement morne et vide à coté, je suis à coté de la plaque, je pars me pendre avec mon Mi Grave"
... et quand j'ai maté un épisode pour la première fois, je me suis vraiment, mais vraiment senti placardé dans cette deuxième catégorie. Le pilote paraît tellement excessif... l'intrigue du mec qui envoie chercher de la drogue à son meilleur pote, la quête du dépucelage, les teufs alcoolisées et gigantesques, la bagnole qui finit dans le canal à la fin, et surtout les gamines de 8 ans qui se prennent déjà pour des pétasses, ça faisait beaucoup. Excessif ET pas d'identification, j'ai pas nettement apprécié. En plus tout ça était franchement paradoxal : une série aussi couillue qui abordait comme ça, cash, des thèmes qu'on ose à peine figurer ici comme les familles monoparentales, la drôôôgue, l'autisme, l'homosexualité, l'avortement et la mort de l'ado (hé oui) le potentiel était là. Le 1x05, "Sid" m'a définitivement achevé dans la déprime, trop de similitudes tue la motivation, je me reconnaissais plus dans les petites facettes d'un perso que dans l'intégralité du casting.
Si on prends les persos à part, on a Tony, fieffé connard et manipulateur mais charismatique héros principal, son meilleure pote Sid, un peu "Butters" qu'on hésite pas à envoyer au casse-pipe, Michelle, l'hypoténuse amoureuse entre les deux persos précédents, Cassie la foldingue anorexique, Maxxie le jeune gay danseur, Chris le fêtard neuneu et Anwar, le musulman qui a du mal à concilier religion et "vie de jeune des temps moderne". Sur le papier, ça fait pas mal de poncifs et effectivement, ils sont appuyés. D'une manière un chouilla fatiguante. Ces ados là fument, baisent, font la fête, ne se soucient de rien, cotoient plein de monde et sortent en boîte, bref je débarquerais dans ce show je serais un alien total et c'est énervant quand on mate une série que tout le monde juge criante de vérité. J'avais lâché l'affaire pour cette fois.
Deux ans plus tard, je mate un épisode de la saison deux sur Canal. Focalisé sur le même perso, Sid. (Ouaip, un peu à la manière Lostienne chaque épisode suit le parcours d'un perso en particulier, sans pour autant oublier d'enrichir la cohérence d'ensemble du scénario) et... c'est comme si je matais un show différent. J'ai vu un épisode incroyablement sombre (cette série est très très méchante avec ses personnages) et construit, basé avec intelligence sur les ressorts de l'amitié, de la filiation, de l'amour compliqué, bref un tas de trucs subtils - le tout enrobé par une BO de qualité (scène de pêtage de cable cathartique devant les Cristal Castles en concert, pas mal)
---- Pause BO. Pour des raisons qui m'échappent, probablement des problèmes de droits musicaux, les mêmes qui nous empêchent depuis dix ans d'avoir des DVD de Malcolm, certains morceaux ne sont pas les mêmes en VF/Version DVD. Ben vous savez quoi, je préfère largement la notre. C'est fou, comme le chocolat Lanvin) ----
Je disais, une BO qui tue, des finesses de scénario, des personnages sombres, des situations qui ressemblent à quelque chose et une ambiance nettement moins superficielle. Je ne sais pas si ce clivage est du au ... changement de saison mais en remattant la première donc, j'ai outrepassé au maximum ce qui avait pu me fatiguer pour me concentrer sur les bons cotés du show, qui mûrit avec le temps, en tout cas cette seconde lecture a été totalement différente et pleine de subtilité, on retrouve bien les marques de l'ado strigmatisé de Virgin Suicides ou Elephant - version anglaise, version débauchée, version introspective. Et ça change formidablement bien des trucs amusants mais lourdingues à la Supergrave et autres teens-movies, même si je peux toujours pas saquer cet aspect "On est des jeunes anglais! On fait la fête et on se vomit à la gueule youhou!" je pige pas.
A partir de la troisième mouture, le casting change radicalement, on a qu'un personnage secondaire en commun comme repère c'est assez perturbant, il faudrait que je mate tout ça.
... mais au final, toujours pas d'identification. C'est inextricable. Je vais collecter des fonds et on va tourner notre propre série criante de vérité. J'ai dit!
Je pourrais teaser un peu et lancer que niveau "image de la jeunesse dans une salle de classe" les japonais nous ont pondu un anime formidable mais ce sera pour une prochaine fois... et en deux parties.
Par Concombre Masqué
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Publié dans : Télédérision
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