Jeudi 22 octobre 2009
Encore une critique d'anime - un poil tardive car ça fait deux bons mois que je l'ai maté mais le timing est parfait pour en parler maintenant. En fait, c'est un peu un hommage à un article de Nashi, écrit il y a un an, qui en disait du bien, comme à peu près tout le monde. Ca m'avais donné envie d'en faire mon "premier anime" mais je me suis dit que j'allais attendre un peu, histoire d'attraper un éventuelle histoire plus attractive - il faut dire que sous la plume de l'intéressé, ces 13 épisodes témoignaient d'un univers novateur... car rétro.

En fait, Baccano!, que ce soit dans la critique spécialisée ou dans la blogosphère, est entouré d'une sorte d'aura. Cet anime est strictement immunisé contre la mauvaise critique et la mauvaise foi, je n'ai jamais vu quelqu'un en dire du mal et c'est pourquoi je vais ... en dire du bien et faire comme tout le monde. On m'en a toujours parlé comme étant l'apologie du "très bien" et effectivement, Baccano! est assez irréprochable, à tous les niveaux et les pires aigris n'y ont rien trouvé à redire. En tout cas, on ne les a pas entendus (et ne me demandez pas qui est "on", c'est juste une formule un poil gratuite)

C'est pour ça que si vous ne vous sentez pas la fibre otaque, si le "critique d'anime" en début de post vous a découragé, je vous recommande vivement de donner une chance à la suite, car l'anime ci dessus est exsangue de tout les poncifs que vous ne pouvez probablement blairer : bref vous trouverez ici non pas des "lycées", pas trop "d'amitié" mais bien l'innovation scénaristique. En fait la meilleure façon de s'y plonger c'est de mater l'unique opening de la série, on ne peut plus représentatif de ce qu'il précède...

(L'écran réduit c'est une feinte, c'est bien en format HD)


Méga-classieux. Vous le savez, j'adore les génériques de ce genre, même ceux de la real-tv quand ils sont bien faits, travaillés, qu'il y a une bonne synchronisation entre la zique et les images. S'il y a un vrai travail d'esthète derrière je suis capable de mater en boucle les 5 même secondes de tel ou tel générique. Là vous comprendrez aisément pourquoi je parlais de real-tv tout à l'heure : cet opening, dans l'absolu, ne fait qu'égrener les noms et visages des nombreux protagonistes. Et là si vous avez pas maté la vidéo vous vous dites "MAY C'EST PARESSEUX !" mais non que nenni. Là on présente les protagonistes, non seulement en utilisant habilement les décors de la série (l'intérieur du Flying Pussifoot, les ruelles pavées, des magasins) mais aussi en présentant les personnages avec ce qu'ils font le mieux : Miria et Isaac dévalisent des barres de chocolat, Ladd était à deux micromêtres de suriner (et je dirais même plus de flêcheter) sa copine qui, pour le coup, ne sert à rien. Shane est charismatique, Jacuzzi je vais même pas expliquer bref tout est lié, cohérent, surléché derrière la très coulante musique jazzy de Paradise Lunch. Si le "Tsa tsa tsaaaaa" et la ligne de cuivre à 23 secondes ne vous donne pas des érections/moiteurs je ne peux plus rien pour vous. Il est dommage de constater qu'à l'inverse, l'ending est complètement chiant et sans intérêt comme s'il y avait un équilibre à rétablir, mais tant pis hein.

Des chapeaux, des cigares, une ambiance mafieuse et sophistiquée, on est clairement hors de l'ambiance temporelle "actuelle" de la méga majorité des animes, en clair c'est juste une façon compliquée de dire que le fil de l'anime ne se déroule pas dans le présent : une bonne excuse pour déballer le SYNOPSIS.


Youpi

Et là je détourne subtilement votre attention avec cette image et ce commentaire rigolo pour vous faire oublier la phrase précédente car la façon la plus efficace d'exposer le scénario est de relater un peu l'ambiance du premier épisode.
On est quelque part au milieu des années 30
. Un journaliste et sa fille commentent, petites leçons de vie à l'appui, des "évènements" qui se seraient déroulés à la fin de l'année 1930. Une histoire de train qui aurait très mal tournée, avec du sang partout, des luttes de pouvoir cachées et la sortie de taulle d'un mec visiblement très charismatique, tout ça aux Etats-Unis. Un cadre franchement original qui donne ENVIE. Il n'empêche qu'avec ce premier épisode on ne comprends pas grand chose : des grandes discussions cinglantes, une fusillade... il est clair que tout ça se déroule après l'action de la série en globalité. Le premier épisode, c'est un peu l'épilogue, et ça n'enlève en rien les enjeux scénaristiques de la série car certains personnages ont l'air d'être... indestructibles.

Car oui, pause mise au point : l'ambiance rétro n'exclut pas une touche discrète mais néanmoins très présente de fantastique. Mmh, le début XXè, ambiance rétro, alchimie... ça ne vous rapelle pas une excellente série Bones dont l'intégrale sort dans 5 jours? Ouais moi aussi, mais n'oublions pas que Baccano! est une oeuvre éclair de 13 épisodes, à mater en deux ou trois fois, ou en marathon pour les plus hardcores d'entre vous.



Schbum

Ceci étant dit, revenons à ce fameux épisode 1 qui pose les bases du truc, en y revenant : ça s'est passé. Pourquoi, comment, dans quelles conditions, avec quelles motivations et surtout QUOI vont être les questions dont les réponses débuteront avec l'introduction de la phase géante du "retour en arrière", on pourrait surtout considérer l'action comme étant un gros flash back. En fait, c'est assez difficile à expliquer et à raconter de surcroît : disons que la narration est un gros puzzle. A la manière Lostienne : on va jongler entre trois années : le passé, le "avant passé" et le "encore avant" et ça peut aller plus loin que vous ne le pensez (je le répète, il y a comme une impression d'immortalité chez certains persos) et le tout va lentement s'emboîter, les nombreux personnages y vont de leurs moves dans le grand jeu de la série. Le but du jeu? Difficile à savoir. Les fanboys diront "Quel est le perso le plus charismatique?" ou tout simplement "Comment expliquer?" ... l'anime lui même semble se poser la question!

Une lutte de gangsters, les mafieux qui se disputent leurs territoires, une fille désespérément à la recherche de son frère... le jonglage entre les personnages et les arcs temporels fait un peu Pulp Fiction, pour le coup. Pour revenir au scénario, la base de la chose va être le voyage inaugural de Flying Pussyfoot, train luxueux et chamarré (God himself cannot sink this ship) qui va un peu tourner au désastre car il s'avère que plusieurs bandes de truands, aux motivations bien différentes vont un peu foutre le bazar, dans le sang et les larmes. Tout le monde monte dans le train, tout le monde mange, rigole joyeusement et ... malaise.
Cliffhanger et "What's Next On Baccano?"


Une histoire qui peu sembler un poil classique mais racontée de façon ingénieuse et construite, aux nombreuses ramifications. Je reste volontairement assez vague dessus, car raconter le "difficilement racontable" c'est un peu la base du truc, et quand bien même les surprises sont rares certaines fins d'épisodes font leur petit effet.


Huhu tâcle


Baccano! est indéniablement une série à personnages, faut pas aller bien loin pour comprendre pourquoi. L'essence de la série, c'est l'interaction entre tout ce beau monde, dont l'identité nous est rappelée chaque fois avec l'opening. Le casting est fixe, dans le sens où on nous présente une quinzaine de persos dès le début, sans réelles entrées ni pertes tout le long. C'est un groupe de personnages, peu se connaissent à la base et le deus ex toutélié va gentiment agir le long des épisodes. Ces personnages sont un peu spéciaux : physiquement d'une part car il faut bien avouer que le chara-design est mémorable et bien foutu, cependant ils ont tous la particularité d'être un peu... bourrins. A première vue, ils manquent tous un peu de subtilité, ils sont tous dominés par un unique trait de caractère. Bien sûr, il y a des variantes, des subtilités, des évolutions, mais le postulat de base nous offre une plâtrée de protagonistes aux caractères très fantasque. L'épithète parfait pour décrire Miria et Isaac, le couple le plus adorable de la Japanime, ils sont le ressort comique de la série avec leur comportement déjanté et excentrique. Comment ne pas aimer ce coté "Robin des bois Bisounours?" Je sais pas. Vous non plus.

What else? Une fratrie de mafieux façon Daltons. En face, il y a Jacuzzi Splot, tout mignon tout plein avec son caractère caricaturalement peureux - qui heureusement, va avoir la chance de se laisser pousser des couilles. Après c'est du soit du perso pas clair et contrasté : Firo a tout du gentil perso principal mais l'une de ses premières scènes est son passage initiatique dans une famille mafieuse - ce qui dans l'absolu est un poil troublant quand à ses motivations - soit du PUR MECHANT, et c'est là le gros du paquet Baccanesque.
Cette série semble prendre une incroyable satisfaction à faire un concours de méchants. Entre le bad guy "grand manitou mais classiquement mauvais et néfaste" et les purs psychopathes, il y a de quoi faire. Parce que Ladd les gars. Sans aucunes finesse, pur psychopathe, tout ce qu'il veut c'est tuer, ça aquiert même une dimension fétichiste avec sa copine (invisible. On se demande ce qu'elle fout dans l'opening) et il s'habille en blanc. Etre tordu, mais avec le sourire et la classe, c'est un peu ça le devise de cet anime.

Et quand le rail tracer entre en scène, moi ça m'évoque un certain Johann L. Un beau gosse qui veut se faire passer pour un humain, avec une attitude de serial killer qui exprime des sentiments entre deux tueries. Là on repousse un peu les limites des conventions du genre : dans Baccano, un "méchant" peut-il torturer un gosse? (Question bonus : de quelle façon?)





Cet ensemble, le cadre temporel, les personnages, tout ça contribue à une ambiance mémorable. D'une part, tout est léché, haut en couleur, réfléchi, classieux. Tout le monde a toujours la petite réplique verbeuse, que ce soit dans la méchanceté, la naïveté... tout le monde a du charme, tout le monde à la classe, on baigne dans un monde d'opulence et de champagne, avec beaucoup de sang autour, avouez que ça fait envie.
D'autre part, le morceau entendu plus haut c'est Gun's & Roses
(aucun rapport fils unique) ce qui est assez cohérent avec le reste : pas mal de contrastes. Pas des contrastes extrêmes comme dans Hinamizawa, mais des contrastes quand même. On alterne les scènes de pure guimauve avec le couple terrible et les passages GLAUQUES avec les personnages adéquats, et pas nécessairement ceux qu'on pourraient penser. On pulvérise un peu les convenances, les gosses ne sont pas intouchables, ça saigne beaucoup et ça massacre avec des motivations douteuses. Tout à l'heure, je parlais d'une ambiance, souvenez vous que le principal arc temporel du truc se passe intégralement dans un train, en pleine nuit de sucroit. Je vous laisse imaginer les possibilités : sous les tables de restaurants, à l'arrière, dans les couloirs et surtout sur le toit, tout le Flying Pussyfoot est parcouru pour des moments faits pour être épiques. Et ça passe, sans aucun problème.

Dans la forme, c'est impeccable, certains persos sont un peu moches mais on ne les voit que très peu, l'essentiel étant ce véritable concours de GAR dégagé par ce casting assez flamboyant. Alors voilà, quelques passages un poil longuets, des dialogues pas toujours fascinants à suivre, et tout un pan de l'histoire (les Genoards... bof) franchement en dessous du reste, mais c'est une excellente façon de sortir des sentiers battus. En fait, cet anime cultive une complexité très modeste, comme si ils avaient un peu honte de mettre autant de points de vue et de recul à avoir sur l'ensemble du truc à coté de certaines scènes un peu cliché, à première vue toujours. N'oublions pas que l'important, une fois de plus, est la vision d'ensemble, surtout dans un anime aussi méchant avec les amateurs de scénarios linéaires.
Baccano! Un casting sympa et travaillé, une façon retorse de relater les évènements, un cadre novateur, tout le monde aime et moi aussi, on est clairement dans le haut du panier. C'est court, c'est sans fautes, c'est impeccable.



Au fait, au cas où vous vous seriez posé la question comme moi, ça veut dire "Boucan" en italien. Maintenant, je vais mater les trois épisodes bonus qui, parait-il, étoffent un peu l'univers et se permet carrément le luxe d'introduire de nouveaux persos... quoi qu'il en soit, et avec un an de retard : MERCI NASHI !!

Par Concombre Psycho Masqué - Publié dans : Otakeries - Voir les 3 commentaires - Ecrire un commentaire - Recommander
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